William Sakespeare, visionnaire, philosophe, met le théâtre au service de notre déraison.
Il est difficile d’exprimer les sentiments, les émotions qui m’ont envahie durant les 4 heures de représentation, d’autant que chacun interprétera ou ressentira l’ensemble dans un
regard différent.
La critique comme je l’ai déjà écrit, n’a pas beaucoup de sens en ce qu’elle ne peut qu’être unique et vaine. Et d’ailleurs qui suis-je pour vous donner à penser ?
Cependant, je me permets un bravo ! Juste pour moi.
Subjuguée par cette mise en scène d’une originalité bien pensante, créée en juillet 2007 dans la Cour d’honneur du Palais des Papes en Avignon. Rien de trop, tout dans la note,
tout dans le ton, il ne manque rien.
Car si ce texte mis en scène par Jean-François Sivadier est intemporel, les partis pris en terme de décors, de costumes, de lumière (mention spéciale à Philippe Berthomé), de
comédiens, de mouvements, de silences, m’ont parue proche du chef d’œuvre.
Les comédiens, et notamment Nicolas Bouchaud, Stephen
Butel, Nadia Vonderheyden et la brillante Norah Krief (qui a chanté par ailleurs des sonnets de Shakespeare), ont produit un travail remarquable et époustouflant.
Quelques lignes de la présentation de l’œuvre par le metteur en scène Jean-françois Sivadier : « Lear, c’est tout le théâtre à partir de rien. […] Car si Lear possède
tout, il lui manque justement une chose essentielle : l’épreuve du manque. L’expérience du dénuement et de la dépossession.[…] et Shakespeare en filigrane nous dit […] : tout viendra du
désert et du silence, d’une région de l’âme où la raison ne peut poser aucun masque, d’un territoire déplacé et vide de toute certitude qui s’appelle le théâtre.
[…] les personnages se laissent emporter, non sans plaisir et curiosité, dans un naufrage initiatique où raisonne, plus que le mal, la tentation du mal, plus qu’une logique du
pire, une absence totale de logique, plus que l’imminence de l’anéantissement, celle de la révélation. »
Je retiendrais également quelques thèmes en résonance avec mon état d’être de l’instant :
- Il ne faudrait pas devenir vieux avant d’être devenu sage
- Accepter d’être renié pour sa franchise, et son honnêteté, car, malgré la souffrance provoquée par la solitude et l’incompréhension, ce qui advient en bout de course est le
bonheur (of course).
- Se dénuder, au sens propre comme au sens figuré, permet d’accéder à l’égalité.

Un seul bémol à mon « bonheur » d’hier soir : les applaudissements de fin.
Quand j’ai été bercée dans un autre monde pendant quelques heures, quand le noir vient sur scène, j’ai besoin de savourer un instant ce moment de bien être avant d’entreprendre la
tempête des bravos.
Y a-t-il un concours secret, dont je n’aurais pas été informée, qui récompense celui qui aura applaudi le premier ?

Quand on est sur scène, les applaudissements sont comme une douche froide qui vient nous renvoyer dans le monde réel, ce n’est pas un moment extrêmement agréable bien qu’il soit nécessaire, car
il met un terme définitif à l’aventure dans laquelle un groupe de comédiens, souvent en fusion, a été plongé.
Ils ont écrit